Une lueur dans la nuit
Extrait : Le soir arriva enfin : il était convenu de guetter discrètement en direction de la cabane lorsque la nuit serait bien entamée. Le moment venu, Fabien fila dans la chambre des filles. Au fond de lui-même, l’idée de laisser les deux grands surveiller la maisonnette en le laissant à l’écart ne lui plaisait pas et même s’il n’en menait pas large, il voulait être présent lorsque la fameuse lueur ferait de nouveau son apparition. Car il en était sûr ! La nuit dernière, il avait bien vu une lueur, cela n’avait duré qu’une seconde ou deux, mais il l’avait vue ! Il décida de dormir un peu et s’installa dans le vieux fauteuil. Il avait prévu, après quelques heures de repos, de rejoindre Ralph et Aurélie. Patricia lui donna une couverture qu’elle trouva dans l’une des armoires. Le garçon était tellement fatigué que ses yeux se fermèrent tous seuls et qu’il sombra presque aussitôt dans un profond sommeil. Patricia ne tarda pas à s’endormir également. Tous les tracas de cette journée l’avaient épuisée et la présence de Fabien dans la chambre la rassurait : elle n’aurait voulu, à aucun prix, y demeurer seule cette nuit-là !
Dans la chambre voisine, Aurélie, qui assurait seule la surveillance de la maisonnette, fixait le parc dans la direction de l’édifice sans le quitter des yeux. Son frère lui avait demandé de le réveiller s’il y avait du nouveau. Jusqu’à minuit, la fillette monterait la garde, après ce serait au tour de Ralph et ainsi de suite jusqu’à la fin de la nuit… au rythme de deux heures à chaque fois.
L’obscurité avait avalé le parc assez rapidement et, à présent, l’on n’y voyait pas à cent mètres, car la lune était absente, masquée par une épaisse masse nuageuse. Une demi-heure passa, le silence fut à peine interrompu par l’horloge qui égrena onze coups. La fillette avait beaucoup de mal à garder les yeux ouverts tant elle avait sommeil. Ses paupières pesaient des tonnes… Dix minutes passèrent encore… Puis, peut-être encore, quelques secondes… Puis… Puis…. Puis ! Puis elle sursauta ! Mon Dieu ! Elle s’était assoupie ! Mais combien de temps ? Elle n’aurait su le dire ! Quelle heure était-il ? Elle regarda dehors et aperçut une infime lueur ! La lune, peut-être ? Non ! C’était en direction de la cabane ! Elle regarda sa montre, mais ne parvint pas à voir les aiguilles ! Un son, à peine audible, lui parvint : « ding ! » c’était l’horloge ! Un seul coup ! Il était donc une heure du matin et la lueur était là ! devant elle, en direction de la cabane, perdue dans les profondeurs de la nuit ! La fillette était furieuse contre elle-même : elle avait dormi pendant près de deux heures ! Elle eut du mal à retenir des larmes de rage ! Elle se précipita vers le lit de l’aîné, ne distinguant pas les objets autour d’elle, et ne pouvant, en aucun cas allumer. Elle trébucha et tomba brutalement sur son frère qui s’éveilla en sursaut.
— C’est… C’est moi, dit-elle d’une voix plaintive, c’est Aurélie… je… je me suis endormie ! Oh Ralph, si tu savais comme je m’en veux ! Ils… ils sont là, dans la cabane… Il y a la lumière !
Le garçon mal réveillé eut un peu de mal à émerger, puis il se ressaisit :
— Je… ce n’est pas grave… On aurait dû rester éveillés tous les deux, il est normal que tu te sois endormie.
Ils rampèrent vers la fenêtre, mais la lumière avait disparu.
— Je m’en veux, répéta Aurélie, la gorge nouée de colère et au bord des larmes.
— Mais non, petite sœur, c’est ma faute, répondit son frère ému : j’aurais dû veiller aussi ! Comment voulais-tu rester éveillée, toute seule, dans le noir ? C’était mission impossible ! À ta place, je n’aurais pas tenu le coup non plus et…
Elle lui prit le bras si subitement et serra si fort, qu’il faillit crier.
— Regarde ! La lueur… Elle est revenue !
— Viens, on va aller voir, dit-il. Viens…
— Maintenant ? Mais on n’y verra rien, dans l’obscurité.
— Il y a un petit clair de lune qui devrait nous permettre de nous glisser jusqu’à la cabane sans être vus.
Le frère et la sœur descendirent à tâtons le grand escalier en faisant bien attention de ne pas manquer une marche et une fois au rez-de-chaussée, ils s’arrêtèrent un instant pour s’orienter. Ils trouvèrent la porte principale et sortirent.
— Chut ! murmura le garçon, tiens-toi à moi…
